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POEME de J. Fabre extrait de "Oubreto prouvençalo",
livre de poèmes occitans, traduits en français en regard,
publié à Avignon en 1909

LOU GRIHOUN

Cri-cri, cri-cri, fai lou Grihoun
Aqui dessouto
dins uno mouto ;
Cri-cri, cri-cri, fai lou Grihoun,
Dins la mato de bregaloun.

Sus lou lindau de sa cabano,
Ounte jamai s'es atuba calèu,
Pichot Grihet grison si bano,
Lou vèntre au fres e l'esquino au soulèu,

Dòu ne grun de sa caumo sourno,
Es remounta sus lou cop de miejour;
Es remounta de sa cafòurno
E pren sa part di joio dòu plen jour.

Vaqui perqué sa grosso tèsto
Banejo tant. Grihet, tout esmoungu,
Pèr celebra la grando fèsto,
Em'un viòuloun sus sa porto es vengu.

Qu'es bèu lou soulèu que dardaio,
Se dis : qu'es bon lou rai de sa calour
Rai que m'arrivo entre li paio
dou bregaloun tout azuren de flour !

O bèu soulèu, tu siés la vido ...
De tout : tavan, luseto et mousquihoun !
Escouto un pau, glòri esplendido,
En toun ounour l'èr d'un paure Grihou.

Cri-cri, cri-cri, fai lou Grihoun
Aqui dessouto
dins uno mouto ;
Cri-cri, cri-cri, fai lou Grihoun
Dins la mato de bregaloun.

 

LE GRILLON

Cri-cri, cri-cri, fait le Grillon,
par là-dessous,
dans une motte ;
cri-cri, cri-cri, fait le Grillon
dans la touffe d'aphyllante.

Sur le seuil de sa cabane,
où jamais lampion ne s'est allumé,
petit Grillon se frise les antennes,
le ventre au frais et l'échine au soleil.

De l'obscurité de on terrier sombre,
Il est remonté sur le coup de midi ;
il est remonté de sa caverne
et prend sa part des joies du plein jour.

Voilà pourquoi sa grosse tête
remue tant les antennes. Grillet, tout ému,
pour célébrer la grande fête,
avec un violon sur sa porte est venu.

Qu'il est beau le soleil qui reluit,
se dit-il ; qu'il est bon son rayon de chaleur,
rayon qui m'arrive entre les pailles
de l'aphyllante tout azuré de fleurs !

O beau soleil, tu es la vie
de tout : bourdon, ver luisant et moucheron ;
écoute un peu, gloire splendide,
en ton honneur l'air d'un pauvre Grillon.

Cri-cri, cri-cri, fait le Grillon,
par là-dessous,
dans une motte ;
cri-cri, cri-cri, fait le Grillon
dans la touffe d'aphyllanthe.