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POEMES

L. ARAGON



La rose et le réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas

.../...

L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

(Extrait : la dernière strophe sur dix)

Il régnait un parfum...

Il régnait un parfum de grillons et de menthes
Un silence d'oiseaux frôlait les eaux dormantes

(Extrait : première paire de vers sur 22 - Les yeux et la mémoire)



F. ARRABAL

Du grillon

On peut fort admirer
avec quel doux entêtement
le chant du grillon va
s'emparant de la nuit.
Il pénètre dans l'obscurité,
brise le silence,
triomphe des ténèbres sourdes,
monte, croît et prédomine.

Son coeur étant déjà prêt,
le grillon passe des nuits blanches.
L'amour lui transmet son élan.
Le crépuscule recueille en son sein
le meilleur de son chant,
la chaleur l'enveloppe et lui fait écho,
l'air lui donne haleine et souffle.

Le refrain s'enracine dans ses entrailles
lorsqu'il frotte ses élytres.
Qui a tant de son
pour confesser son zèle
atteint sa récompense.

Comme le chant sonne juste!
Il réjouit l'ouïe de qui l'écoute,
et plus encore du maître aimant qui l'accueille.







C. BEAUDELAIRE

La béatrice

Dans les terrains cendreux, calcinés, sans verdure,
Comme je me plaignais un jour à la nature,
Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J'aiguisais lentement sur mon coeur le poignard,
Je vis en plein midi descendre sur ma tête
Un nuage funèbre et gros d'une tempête,
Qui portait un troupeau de démons vicieux,
Semblables à des nains cruels et curieux.
A me considérer froidement ils se mirent,
Et, comme des passants sur un fou qu'ils admirent,
Je les entendis rire et chuchoter entre eux,
En échangeant maint signe et maint clignement d'yeux :

"Contemplons à loisir cette caricature
Et cette ombre d'Hamlet imitant sa posture,
Le regard indécis et les cheveux au vent.
N'est-ce pas grand pitié de voir ce bon vivant,
Ce gueux, cet histrion en vacances, ce drôle,
Parce qu'il sait jouer artistement son rôle,
Vouloir intéresser au chant de ses douleurs
Les aigles, les grillons, les ruisseaux et les fleurs,
Et même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques,
Réciter en hurlant ses tirades publiques?"

J'aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monts
Domine la nuée et le cri des démons)
Détourner simplement ma tête souveraine,
Si je n'eusse pas vu parmi leur troupe obscène,
Crime qui n'a pas fait chanceler le soleil!
La reine de mon coeur au regard nonpareil,
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse.

(Fleurs du Mal LXXXVI)

Bohémiens en voyage


La tribu prophétique aux prunelles ardentes
hier soir s'est mise en route, emportant ses petits
sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
le trésor prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
le long des chariots où les leurs sont blottis,
promenant sur le ciel des yeux appesantis
par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

fait couler le rocher et fleurir le désert
devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
l'empire familier des ténèbres futures.

(Spleen et Idéal XIII)

P-J. de BERANGER

Petit grillon

Au coin de l'âtre où je tisonne
En rêvant à je ne sais quoi,
Petit grillon, chante avec moi,
Qui, déjà vieux, toujours chansonne,

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici,
N'ayons du monde aucun souci.

N'es-tu pas Sylphe et petit page
De quelque fée au doux pouvoir
Qui t'adresse à moi pour savoir
À quoi le coeur sert à mon âge.

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici
N'ayons du monde aucun souci.

Au coin du feu, tous deux à l'aise
Chantant, l'un par l'autre égayés,
Prions Dieu de vivre oubliés,
Toi dans ton trou, et moi sur ma chaise.

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici,
N'ayons du monde aucun souci.



A. BERTRAND

Le clair de lune

Réveillez-vous, gens qui dormez, Et priez pour les trépassés.
Le cri du crieur de nuit.

Oh ! qu'il est doux, quand l'heure tremble au clocher,
la nuit, de regarder la lune qui a le nez fait comme un carolus d'or !

Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien hurlait dans le carrefour,
et le grillon de mon foyer vaticinait tout bas.

Mais bientôt mon oreille n'interrogea plus qu'un silence profond.
Les lépreux étaient rentrés dans leurs chenils,
aux coups de Jacquemart qui battait sa femme.

Le chien avait enfilé une venelle, devant les pertuisanes du guet
enrouillé par la pluie et morfondu par la bise.

Et le grillon s'était endormi, dès que la dernière bluette
avait éteint sa dernière lueur dans la cendre de la cheminée.

Et moi, il me semblait, - tant la fièvre est incohérente ! -
que la lune, grimant sa face, me tirait la langue comme un pendu !

(Gaspard de la Nuit)

La salamandre



Il jeta dans le foyer quelques frondes de houx bénit, qui brûlèrent en craquetant.
Ch. Nodier. - Trilby.

« Grillon, mon ami, es-tu mort, que tu demeures sourd
au bruit de mon sifflet, et aveugle à la lueur de l'incendie?»

Et le grillon, quelque affectueuses que fussent les paroles
de la salamandre, ne répondait point, soit qu'il dormît
d'un magique sommeil, ou bien soit qu'il eût fantaisie de bouder.

« Oh ! chante-moi ta chanson de chaque soir
dans ta logette de cendre et de suie, derrière la plaque de fer,
écussonnée de trois fleurs-de-lys héraldiques ! »

Mais le grillon ne répondait point encore, et la salamandre éplorée,
tantôt écoutait si ce n'était pas sa voix, tantôt bourdonnait
avec la flamme aux changeantes couleurs rose,
bleue, rouge, jaune, blanche et violette.

« Il est mort, il est mort, le grillon mon ami ! »
- Et j'entendais comme des soupirs et des sanglots,
tandis que la flamme, livide maintenant, décroissait dans le foyer attristé.

« Il est mort ! Et puisqu'il est mort, je veux mourir ! »
Les branches de sarment étaient consumées,
la flamme se traîna sur la braise en jetant son adieu
à la crémaillère, et la salamandre mourut d'inanition.

(Gaspard de la Nuit - 3e livre des fantaisies)

A. BRETON

Tournesol

La voyageuse qui traversa les Halles à la tombée de l'été
Marchait sur la pointe des pieds
Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
Que seule a respiré la marraine de Dieu
Les torpeurs se déployaient comme la buée
Au Chien qui fume
Ou venaient d'entrer le pour et le contre
La jeune femme ne pouvait être vue d'eux que mal et de biais
Avais-je affaire à l'ambassadrice du salpêtre
Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée
Le bal des innocents battait son plein
Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
La dame sans ombre s'agenouilla sur le Pont-au-Change
Rue Git-le-Coeur les timbres n'étaient plus les mêmes
Les promesses des nuits étaient enfin tenues
Les pigeons voyageurs les baisers de secours
Se joignaient aux seins de la belle inconnue
Dardés sous le crêpe des significations parfaites
Une ferme prospérait en plein Paris
Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
Mais personne ne l'habitait encore à cause des survenants
Des survenants qu'on sait plus dévoués que les revenants
Les uns comme cette femme ont l'air de nager
Et dans l'amour il entre un peu de leur substance
Elle les intériorise
Je ne suis plus le jouet d'aucune puissance sensorielle
Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres
Un soir près de la statue d'Etienne Marcel
M'a jeté un coup d'oeil d'intelligence
André Breton a-t-il dit passe

R.CHAR

hommage et famine

Honneur à vous, Femme,
qui vous accordez avec
la bouche du Poète, ce torrent
au limon serein.
(Il faisait nuit. Nous nous étions
serrrés sous le grand chêne de larmes.
Le grillon chanta. Comment-savait-il,
solitaire, que la terre, n'allait pas
mourir, que nous, les enfants sans
clarté, allions bientôt parler?)
IL SAVAIT.

(15 janvier 1943)



M. DESBORDES-VALMORE

Le grillon



Triste à ma cellule,
quand la nuit s' abat,
je n' ai de pendule
que mon coeur qui bat ;
si l' ombre changeante
noircit mon séjour,
quelque atome chante,
qui m' apprend le jour.
Dans ma cheminée,
un grillon fervent
faisant sa tournée
jette un cri vivant :
c' est à moi qu' il livre
son fin carillon,
tout charmé de vivre
et d' être grillon.

La bonté du maître
se glisse en tout lieu ;
son plus petit être
fait songer à Dieu.
Sait-il qu' on l' envie,
seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
il est bien heureux !
La guerre enfiévrée
passait l' autrefois,
lionne effarée,
broyant corps et voix ;
mon voisin l' atome
fut mon seul gardien,
joyeux comme un gnome
à qui tout n' est rien.
Dieu nous fit, me semble,
quelque parité :
au même âtre ensemble
nous avons chanté.
Il me frappe l' heure,
je chauffe ses jours ;
mais, femme, je pleure ;
lui, chante toujours.

Si jamais la fée
au soulier d' azur,
d' orage étouffée,
entre dans mon mur,
plus humble et moins grande
que sa Cendrillon,
oh ! Qu' elle me rende
heureuse, ou grillon !




C. DUPUIS

Vagabondage

Hurler tout au long de sa route
Des vers qui n'auront pas d'écho
Donner la fraternelle absoute
Au rouge des coquelicots

Trousser dans les champs des bergères
Suivant un rythme de saison
Et repartir, l'âme légère,
Vers on ne sait quelle maison,

A l'heure où la faim vous tenaille
Manger, sur le pouce, un quignon
Faire aux troncs des arbres des entailles
Qui vous délivrent du guignon

Et loin des cités à guenilles
Rêvant du poème attendu
Pendant que le rossignol trille
-Au fond d'une grange étendu-

Avec les cheveux en bataille
Sans avoir le moindre billon
Les doigts enfoncés dans la paille
Ecouter chanter les grillons !

G. ESPOSITO-FARESE

La fourmi rit du grillon

Un grillon bûcha sa voix
Tout un mois,
Puis comprit sa privation
Quand un mistral fit sanction :
Aucun tronçon minimal
D'asticot, pain animal.
Il alla vagir sa faim
Au voisin fourmi, afin
Qu'il mît à disposition
Du grain pour sa nutrition
Jusqu'à la saison d'avril.
"J'aurai du fric, lui dit-il,
À vous offrir, foi d'alto;
J'y adjoindrai un bon taux."
L'ami fourmi fut radin :
Pour lui, un mal plutôt doux.
Mais qu'as-tu fait au mois d'août ?
Dit-il à l'intrus, soudain. -
À tout instant, jour ou nuit
J'improvisais, sans affront.
- Tu braillais ? nous admirons.
Va donc au bal aujourd'hui !





F. GARCIA LORCA

Crayon

Ce chemin
sans personne.
Ce chemin, là-bas.

Ce grillon
sans foyer.
Ce grillon lointain.

Et cette sonnaille
qui s'endort.
Cette sonnaille...
(Suite - Nuit)



Harmonie

Les vagues
riment avec le soupir
et l'étoile
avec le grillon.
Frissonne sur la cornée
tout le ciel froid,
et le point est une synthèse
de l'infini.

Mais qui unit les vagues
aux soupirs
et les étoiles
aux grillons?

Attendez que les génies
aient un moment d'oubli :
les clefs flottent
parmi nous.
(Suite - Newton)

Coucou

Le coucou divise la nuit
avec ses billes de cuivre.

Le coucou n'a pas de bec,
il a deux lèvres d'enfant
qui sifflent du fond des siècles.

Chat,
cache ta queue!

Le coucou va sur le temps
et flotte comme un voilier,
multiple comme un écho.

Pie,
cache ta patte!

Face au coucou, le sphinx
-le symbole des cygnes-
et la fille qui ne rit jamais.

Renard,
cache ta moustache!

Un jour s'en ira au vent
notre dernière pensée,
notre avant-dernier désir.

Grillon,
va-t'en sous le pin!

Seul le coucou restera,
partageant l'éternité
de ses billes de cristal.
(Suite - Coucou Coucou Coucou)



T. GAUTIER

Contralto

On voit dans le musée antique,
Sur un lit de marbre sculpté,
Une statue énigmatique
D'une inquiétante beauté.

Est-ce un jeune homme? est-ce une femme,
Une déesse, ou bien un dieu ?
L'amour, ayant peur d'être infâme,
Hésite et suspend son aveu.
.../...
Sur le pli de sa jupe assise,
Ce soir, ce sera Cendrillon
Causant près du feu qu'elle attise
Avec son ami le grillon;

Demain le valeureux Arsace
A son courroux donnant l'essor,
Ou Tancrède avec sa cuirasse,
Son épée et son casque d'or;

Desdemona chantant le Saule,
Zerline bernant Mazetto,
Ou Malcolm le plaid sur l'épaule;
C'est toi que j'aime, ô contralto!

Nature charmante et bizarre
Que Dieu d'un double attrait para,
Toi qui pourrais, comme Gulnare,
Être le Kaled d'un Lara,

Et dont la voix dans sa caresse,
Réveillant le coeur endormi,
Mêle aux soupirs de la maîtresse
L'accent plus mâle de l'ami!

(Extraits : strophes 1,2 16 à 21sur 21)





M. KRYSINSKA

Symphonie en gris

A Rodolphe Salis

Plus d'ardentes lueurs sur le ciel alourdi,
Qui semble tristement rêver.
Les arbres, sans mouvement,
Mettent dans le loin une dentelle grise.
Sur le ciel qui semble tristement rêver,
Plus d'ardentes lueurs.

Dans l'air gris flottent les apaisements,
Les résignations et les inquiétudes.
Du sol consterné monte une rumeur étrange, sur-humaine.

Cabalistique langage entendu seulement
Des âmes attentives.
Les apaisements, les résignations, et les inquiétudes
Flottent dans l'air gris.

Les silhouettes vagues ont le geste de la folie.
Les maisons sont assises disgracieusement
Comme de vieilles femmes
Les silhouettes vagues ont le geste de la folie.

C'est l'heure cruelle et stupéfiante,
Où la chauve-souris déploie ses ailes grises,
Et s'en va rôdant comme un malfaiteur.
Les silhouettes vagues ont le geste de la folie.

Près de l'étang endormi
Le grillon fredonne d'exquises romances
Et doucement ressuscitent dans l'air gris
Les choses enfuies.

Près de l'étang endormi
Le grillon fredonne d'exquises romances.
Sous le ciel qui semble tristement rêver.

(4 novembre 1882)

J. LAFORGUE

Dimanches

Le dimanche, on se plaît
A dire un chapelet
A ses frères de lait.

.../...

Grande soeur, Messaline !
O panthère câline
Griffant nos mousselines...

Oh ! même Cendrillon
Reprisant ses haillons
Au foyer sans grillon...

Ou Paul et Virginie,
O vignette bénie
Des ciels des colonies...

.../...

(Extraits : strophes 1, 10, 11 et 12 sur 13)

Intérieur



Il fait nuit. Au dehors, à flots tombe la pluie.
L'âtre aux vieux murs couverts d'une lèpre de suie,
D'une résine en feu s'éclaire pauvrement.
Tapi dans son coin noir, mélancoliquement,
Un grillon solitaire, en son cri-cri sonore,
Regrette son cher trou, dans les prés, à l'aurore,
Alors que la rosée, au soleil s'allumant,
A chaque pointe d'herbe allume un diamant!
Autour des feux mourants, qui dans l'âtre blêmissent
Des paysans penchés par degrés s'assoupissent,
Plongés dans l'hébétude, et le regard pareil
A ceux des boeufs repus ruminant au soleil.
L'aïeule aux grêles mains, branlant le chef, tricote :
A ses pieds, un matou joue avec la pelote.
Ses maigres doigts noueux vont et viennent sans fin,
Poussant l'aiguille en bois dans les mailles de lin ;
Elle écoute le vent, rêve parfois, s'arrête,
Tire la longue aiguille et s'en gratte la tête ;
Puis reprend aussitôt, avec son air songeur.
Et moi j'intitulai ma pièce : Intérieur.

Solo de lunes

La lune se lève,
O route en grand rêve,
O route sans terme,
Voici le relais,
Où l'on allume les lanternes,
Où l'on boit un verre de lait,
Et fouette postillon,
Dans le chant des grillons,
Sous les étoiles de juillet.

Extraits ( 12e strophe sur 16)

A. DE LAMARTINE

Le grillon

Grillon solitaire
Ici comme moi,
Voix qui sort de terre
Ah ! réveille-toi !

Quand j'étais petite
Comme ce berceau,
Et que Marguerite
Filait son fuseau ;
Quand le vent d'automne
Faisait tout gémir,
Ton cri monotone
M'aidait à dormir.

Grillon solitaire,
Voix qui sort de terre,
Ah ! Réveille-toi
Pour moi !

Seize fois l'année
A compté mes jours ;
Dans la cheminée
Tu niches toujours.
Je t'écoute encore
Aux froides saisons,
Souvenir sonore
Des vieilles maisons !

J'attise la flamme
C'est pour t'égayer ;
Mais il manque une âme,
Une âme au foyer !

Grillon solitaire
Voix qui sort de terre
Ah ! réveille-toi
Pour moi !

Qu'il a moins de charmes
Ton chant qu'autrefois !
As-tu donc nos larmes
Aussi dans la voix ?
Pleures-tu l'aïeule,
La mère et la soeur ?
Vois, je peuple seule
Ce foyer du coeur !...

L'âtre pétille,
Le cri renaissant,
Des voix de famille
M'imitent l'accent ;
Mon âme s'y plonge,
Je ferme les yeux,
Et j'entends en songe
Mes amis des cieux.

Grillon solitaire
Voix qui sort de terre
Ah ! réveille-toi
Pour moi !

Tu me dis des choses
Des choses au coeur,
Comme en dit aux roses
Leur oiseau rêveur !...
Qu'il chante pour elles
Ses notes au vol !
Voix triste et sans ailes,
Sois mon rossignol !


(poème mis en musique par Georges Bizet - musique)

J. ORIZET

Le grillon à l'esprit brouillon


Le grillon à l'esprit brouillon
Oubliait chaque jour, peu ou prou,
L'emplacement de son logis-trou.

Le soir, il rentrait chez les autres
Qui le chassaient, exaspérés,
Jusqu'au moment où, fatigué
De se tromper toujours d'adresse,
Il décida, tout simplement,
De rechercher les trous plus grands.

Ainsi vécut-il très heureux
Chez les renards puis chez les lièvres,
Les taupes et les sangliers,
Car ces gros animaux n'étaient jamais gênés
Par sa minuscule présence,
Et tous aimaient entendre à la veillée,
Le grillon chanter dans leur foyer.

A.RIMBAUD

Les effarés

Noirs dans la neige et la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,

A genoux, cinq petits, -misère!-
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre,
Qu'ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, et disant des choses,
Entre les trous,

Tous bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
De ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblotte
Au vent d'hiver...





P. VINCENNE

Le petit grillon

Le petit grillon qui garde la montagne
A bien du mérite croyez-moi
Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Coucou coucou
Ou ouh ouh ouh ouh
A d'autres coucous
Ou d'autres hiboux
Qui font à tout coup
Ou coucou coucou
Ou ouh ouh ouh ouh
Toute toute toute la nuit
Le petit grillon vaillant
A bien du mérite
Et qu'est-ce qui le retient
Dites-le moi Messieurs
De se croiser les bras
Et de dormir longtemps
Sa tête entre ses deux yeux.




V. VOITURE

Pour le grillon



Je demeurois dans un four chaud,
où je passois fort bien ma vie,
quand hier voyant le feu des beaux yeux de Sylvie,
je pensay tomber de mon haut.
Si vostre salut vous est cher,
éloignez-vous de l' inhumaine,
gardez-vous bien de l' approcher,
et prenez-cét avis pour une bonne estrenne ;
moy, qui comme Midrac, Sidrac, Abdenago,
(la rime en sera difficile)
chantois dans la fournaise, et vivois à gogo
dans les lieux les plus chauds dont j' ay fait mon
asyle ;
je meurs et languis dès le jour
que je m' approchay de la belle,
comment, diable ! à trente pas d' elle,
il fait chaud comme dans un four.
Depuis que je la vis, ma langue est seiche et noire,
je souffre des douleurs que vous ne sçauriez croire ;
il ne fut jamais rien de tel.
Que si je n' en meurs pas, je mérite en l' histoire,
et le nom et la gloire,
de grillon l' immortel.